lundi 8 octobre 2012

Auguste Boncors.Poète

                 A propos d'Auguste Boncors(1905-1971).Poète breton.
                 Dit Poatr Rostren.Barz Bongorzh.Empereur des lettres etc.
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(Un clic sur les images pour agrandir)
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      L'étude qui apparaît dans l'édition des ''Fous littéraires'' du 29.11.2002,sous la plume de Jean-Paul Goujon,me semble intéressante,la mieux conduite,la plus complète aussi de celles dont j'ai connaissance,car couvrant la totalité de sa vie et pas uniquement la période dite des ''Odes Triomphales'':ouvrage majeur d'Auguste Boncors ou du moins celui qu'il considère comme tel.Livre déconcertant,propre à décourager les lecteurs les mieux intentionnés,comme les critiques d'ailleurs,par avance récusés par l'auteur auto-proclamé''plus grand poète du Monde'',méprisés par lui du haut le la tour d'ivoire où il officie et tonitrue.
 Le livre,édité à compte d'auteur en 1937,sera réédité en 1939. Luxe et solennité dès la couverture qui semble émerger de quelque tombeau égyptien.Sur fond de feuille d'or,un aigle déployant ses ailes emporte un médaillon de lauriers tressés,contenant une photo du poète jeune vu de profil,à la Rimbaud.Un titre énorme,imité de Pindare,son maître en lyrisme et le nom de l'auteur.Seul le patronyme apparaît.Il dira plus tard qu'aucun autre Boncors ne pourra jamais rivaliser avec sa gloire.Et pan,pour la succession !. Boncors donc se saisit du flambeau de Pindare,poète grec(518-438 av JC).Ses'' Epinicies'' ou ''odes triomphales''passent pour le chef-d'oeuvre du lyrisme grec.''Modèle et désespoir des lyriques de tous les temps'' peut-on lire dans Wikipédia .Chantre enthousiaste des Jeux Olympiques de l'antiquité dont il était le témoin direct,''il associait sa muse à ces glorieux débats auxquels les législateurs de la Grèce attachaient une si haute importance.C'est moins le vainqueur que la victoire qui occupe Pindare:c'est la gloire de sa nation'' Boncors,donc,reprenant crânement le titre de Pindare,se présente comme ''Le Sauveur du lyrisme français''

                                                               




.Je ne sais pas avec ce diable d'homme ce qui relève du chantre ou de l'hercule''J'ai dû exécuter une œuvre aussi impérissable que sensationnelle-je l'ai conçue en cinq mois-Travail de mercenaire ou plutôt de géant !''La poésie selon lui,manifestement ici,tient de l'exploit sportif.Il faut dire à l'entendre ''ses parutions sont attendues dans son pays d'origine(la ville de Rostrenen),qui devra se féliciter de me tenir pour son illustre enfant et la représentation vivante de sa gloire".Nous sommes encore assez loin du compte en cette année 2011.

                                           Mégalo-ci,Mégalo-là.                                                                                      
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 Qui tente de pénétrer un peu les arcanes de l' improbable discours boncorsien n'a que l'embarras du choix.Où qu'il aille,il n'est question ici que de lui,d'un égo hypertrophié, démentiel,monstrueux,cause et principe,génie ultime,dieu incarné:"J'étais un génie aussi pleinement à 15 ans qu'aujourd'hui,nouveau et impavide Prométhée qui vole le feu mystique du ciel pour en éblouir et carboniser le lugubre genre humain"".Cette phrase à elle seule me semble résumer la justification et la problématique de Boncors.Prédestiné selon lui à un pouvoir pharaonique,à une gloire sans pareille,ses rapports à la normalité lui sont évidemment très pénibles,voire intolérables.Tout ce qui vient d'autrui n'est que lèse-majesté."Il n'est pas jusqu'aux argousins,aux rustres fumant et chiquant à s'abrutir et jusqu'aux matronnes replètes,bêtement pâmées d'une volupté toute bestiale sur leurs grabats qui n'aient attenté à mon prestige restauré définitivement au prix d'un massacre général".sic.Le ton est donné, dont il ne se départira jamais.

                         
Premier à gauche,Auguste Boncors, accroupi devant le groupe avec cette étrange coiffure en tonsure sur la tête:l'auréole du saint ou du martyr déjà!.Etonnant et mystérieux.Collège de Campostal 1913.Rostrenen.
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Pause dans l'évocation du poète et ne sais quand je reprendrais.
10.11.2011..Georges Boncors petit neveu d'Auguste et détenteur du fonds de son père(cousin germain d'Auguste) me dit être contacté depuis le Québec pour sa documentation personnelle.Jean paul Goujon avait déjà connaissance de ce fonds dont il parle dans l'article évoqué plus haut.
J'entre en relation avec Tanka G.Tremblay qui me dit vouloir traiter "de tout Boncors,le druide aussi de manière exhaustive...Un peu universitaire sur les bords,je souhaite tout de même faire de mon travail un ouvrage accessible à tous".Avec l'accord de G.Boncors je lui transmets par internet la totalité du fonds,à charge pour lui de nous faire connaître ses propres découvertes.
Nous apprenons qu'une biographie d'Auguste Boncors est en préparation et qu'elle devrait paraître incessamment sous la plume de M.Ruchon.J'apprends qu'il est le fils d'un homme que j'ai bien connu comme professeur de Français au collège public de Rostrenen où j'ai préparé l'Ecole Normale d'instituteurs pendant un an.J'ai gardé du père Adolphe le souvenir d'un homme de talent et de faconde et je ne m'étonne pas de le retrouver comme ami d'Auguste boncors.Ces hommes étaient de bons vivants passionnés de littérature,soucieux de leur époque et épris de liberté.Je me souviens d'avoir entendu là-bas parler d'un dingue qui se jetait à moto dans le canal de Nantes à Brest.A mon sens,il ne peut s'agir que d'Auguste.Il aura bien oeuvré pour sa légende,le bougre!.Bien stigmatisé l'inconscient collectif des Rostrenois sur deux générations au moins.Mission réussie donc!.Olé!.
 Pour un bilan provisoire.
 Publications:
     -Les Odes triomphales à compte d'auteur.1937 puis réédition en 1939.
     -Requiem de Clem-Sohn.Carton imprimé recto-verso. 1937.
     -Chant national à Guynemer. 1938.
     -Trois orphées aux enfers.conjointement avec Taldir Jaffrennou et Ronan Pichery-Broc'hell..Cercle de Brocéliande.Rennes.1952.L'épopée Infernale.
     -Klotennou heol.Poèmes solaires.Cercle de Brocéliande. 1953.La mort d'Hitler.
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On trouve dans les deux feuillets que M.Ruchon nous confie généreusement une explication éclairante:"Ses oeuvres non rééditées ne sont guère connues.Reste sa correspondance.Prémonition chez Boncors,il pensait -un ami l'en avait persuadé-qu'il resterait dans les mémoires grâce à ses multiples lettres." Une "centaine adressées à des correspondants divers de 1937 à 1971...des carnets et un journal écrits pendant ses séjours en Allemagne".Un matériau indispensable à qui veut faire une présentation exhaustive du poète.L'édition est toujours en panne semble-t-il.

Le dossier Georges Boncors père comprend des lettres de diverses époques:
Commana 1942-9juin 1945.- 1939. 1971. 1958.1971(des explications rudes sur la période de la guerre.L'assassinat de Céline etc... 1954.Dunkerque. Un manuscrit inédit 1946.La vie infernale des héros de la liberté.
A défaut de machine à écrire il utilise un script imposant,une belle calligraphie anglaise et en couleur,le rouge surtout..Beaucoup de travail.Des cartes postales aussi et des adresses.Une belle somme déjà et des inédits.Se justifier devant la famille semble lui tenir à coeur,après coup peut-être car il n'est guère tendre dans les Odes:"Ils n'ont jamais consenti à me rendre cette élémentaire justice de reconnaître en moi l'homme supérieur et le surhomme dont parleront les siècles".Il déléguera donc à son cousin le devoir de chrysanthèmes moyennant finance.
Auguste Boncors dans la littérature Française:
"Nous savons seulement que Boncors fut en relation,au moins épistolaire,avec quelques poètes:Robert Desnos et Louis de Gonzague Frick.Egalement avec Gustave-Arthur Dassonville et le docteur Gaston Ferdière...Leurs rapports ne furent que littéraires" écrit Jean Paul Goujon dans son article intitulé:"de l'avis de tous,je réincarne Lautréamont".
 -1949.Anthologie de la poésie naturelle.Camille Bryen et Alain Gheerbrant.
 - Les Fous littéraires.André Blavier (pages 788-789).
 - Absent de Paris.1950.Témoignage de Louis Guilloux.
 - Lettre de Boncors.Souvenirs de Jean Galtier Boissière.Fondateur du Crapouillot.
 - La main de singe.Article de Dominique Poncet.
 - Le matricule des anges.Mensuel de littérature contemporaine.Etude d'Eric Dussert.
"N'en déplaise aux M.Prudhomme de notre époque,les fous littéraires passionnent les lettrés.Ils leur procurent une incroyable sensation de liberté...La grande fraternité des excentriques,des originaux,des mythomanes,des paranoïaques,des plumographes kilométriques et autres siphonnés a des tas de choses à nous apprendre sur notre humanité.Dans la bonne humeur."Eric Dussert.









 "La critique me fait l'effet de balayeurs frottant l'asphalte à l'issue des solennités de mon triomphe inoui"..A.Boncors.Voilà un homme bien déçu par sa réception dans les cénacles parisiens.

         
                            "C'était un véritable Hun.Une vraie tête d'asiate,ronde et rasée,une grosse tête rouge,avec une grande bouche,des yeux bridés,rieurs,rigoleurs,un regard à la fois naïf et rusé,la peau tannée,les mains velues d'un paysan...Il parlait de lui avec une admirable impudeur.Dès qu'il n'était plus question de lui,il cessait tout simplement de s'intéresser...Je sentais bien la force,elle était réelle et considérable".Impressions de Louis Guilloux après sa rencontre avec A.Boncors en 1938.0n reconnaît bien là notre grand Louis Guilloux toujours en quête d'étrangeté,de matériaux pour ses futurs romans,son regard aigu de fin psychologue,de" peseur d'âmes".Voir le traitement infligé à Georges Palante pour devenir Cripure,la fabuleuse histoire de Lady Mond dans les "Batailles perdues"etc...Comme l'abeille,l'écrivain fait son miel de  ce qu'il butine à sa portée.

              
                "L'illustrissime poëtrarque" comme il aime à s'appeler vers cette époque."J'avais une fortune éclatante.Je partageais mon temps entre la poésie lyrique,le sport,j'avais une moto 1000cm3,record du monde et les plaisirs d'une jeune homme libre".In le télégramme.23.8.71.

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11.10.2012.
 Une remarque de georges Boncors vient me relancer dans l'évocation d'Auguste.Suite à la présentation des rencontres Louis Guilloux à la mairie de Stbrieuc.Tanka G Tremblay ,doctorant en langue et littérature françaises à l'université Mac Gill de Montréal y fait une présentation de L.Guilloux et A.Boncors.IL y est dit:"Louis Guilloux nous laisse le souvenir d'un homme de parole...sensible aux originaux tels Boncors et les "clochards célestes" de la bande du soleil.
"Le voilà encore associé aux clochards!".Ce n'est pas dit expressément mais pensé.Je comprends.Il n'a jamais été confortable de faire partie de sa famille.Je dirais qu'il sent encore le soufre.Récemment encore,un membre de la famille de Céline(Bettina),assassinée pendant la guerre,voulait empêcher la parution du livre de F.Ruchon..Ce drôle d'homme oblige à une interrogation permanente,à l'instar de son oeuvre,il est "à prendre avec des pincettes"selon l'expression d'Eric Dussert.Le poète mérite à coup sûr un autre traitement que celui qui lui est fait dans les "Fous littéraires" ou des brochures marginales.Sensible Ô combien aux hommages,lauriers et autres glorioles,il se sera vu débarquer à Paris en triomphateur après la parution des Odes et être reconnu pour ce qu'il voulait être: le rénovateur du lyrisme français.Lettre à Jean Galtier-Boissière:"Il serait juste que le peuple Français attende la parution d'une semblable rénovation triomphale avec la même impatience qu'anima la Rome antique au sujet de l'Enéide de mon maître Virgile.Nous comptons sur des hommes de talent comme vous pour l'annonciation fabuleuse,aux légions d'intellectuels qui peuplent la France,de l'exécution providentielle et enthousiasmante des secondes Odes triomphales...
 ....Mon indéfectible vénération poétique...A.Boncors.
La référence est toujours grandiose,majestueuse,sommitale.La phrase surchargée d'adjectifs qualificatifs,respire mal,mais quand on tutoie les dieux,n'est-ce pas, on n'a que faire  de grammaire.A.Boncors fait de la poésie lyrique comme d'autres chantent le bel canto.La passion débridée,le souffle épique:il en a à revendre.Etonnant de voir que dans tout cet ensemble,ce maelström verbal,il ne se répète jamais.


 Commentaire de la photo;"Le triomphateur à cinq ans".En clair:"Chaussé de ses sabots que par mégarde il a mis à l'envers,le plus grand poète du monde tient,admirable de candeur et d'innocence,devant l'atelier de sa grand-mère,les jupes de la morte tant aimée.Le sauveur de la littérature française.Auguste Boncors.Au-dessus signé Augustus"en la chambre où agonisa sa tante Joséphine  Moullec.A Rostrenen.4 décembre 1912.Cette simple photo révèle toute une époque.L'enfant Auguste naît et évolue dans un milieu aisé de gros artisans et de commerçants prospères
 Rostrenen est un gros bourg du centre-Bretagne,capitale avec Carhaix du pays Fisel.

                                                                   Vue de Rostrenen vers 1905.
Rostrenen:de roz-drezen.Le terme roz désignant une colline et drezen la ronce.L'évolution toponymique donna Rostren puis Rostrenen."Un buste de Notre-dame fut découvert dans un buisson d'aubépine au 13ème siècle.Ce rosier miraculeux offrait la particularité de rester toujours vert et de se couronner de fleurs même au coeur de l'hiver". Itinéraires découvertes .Ouest-France.Une fontaine sera édifiée au 16ème à l'emplacement présumé de la découverte.La naissance d'Auguste se trouve ainsi placée sous le double signe de la Bretagne et du mystère religieux.J'en ajoute un troisième qui déterminera pour un grande part la suite de son existence:l'aisance financière de ses parents.Il héritera,jeune,d'une grosse fortune."L'argent rend fou"dit-on.

La fontaine Notre-Dame-du-Roncier.

    

           20.10.2012


   Le colloque organisé par les "amis de Louis Guilloux"sur ses rapports avec d'autres écrivains,et notamment Albert Camus,permet à Tanka G Tremblay,venu du Québec et son ami documentaliste Olivier Justafré de faire le point sur les relations du romancier avec Auguste Boncors.J'assiste à leur conférence en compagnie de Georges Boncors et de personnes ayant connu Auguste de son vivant.Anciens voisins et voisines de Rostrenen entre autres qui témoignent par leur présence de la pérennité de son souvenir par là-bas.J'ai vécu une salle étonnée par le personnage que beaucoup ne connaissaient pas,souvent hilares car ses pitreries mémorables résistent au temps qui passe,mieux que sa littérature et sont consubstantielles d'un personnage hors-normes.Beaucoup attendent la suite de l'évocation du poète,les deux intervenants s'étant contenté de la période d'avant guerre.Elle sera moins drôle mais tout aussi passionnante pour d'autres raisons. 
Les textes suivants son extraits de la brochure éditée par l'association,suite à ce colloque.















Vers la première rencontre d'Auguste Boncors et Louis Guilloux.











Références à son internement en camps de concentration d'où il sortira vivant de justesse. et qui lui inspira ses textes les plus beaux et les plus puissants.


La suite de la guerre lui sera particulièrement pénible en raison des traumatismes et séquelles de ses internements,mais aussi de son dénuement .Il devra sa survie à sa grande amie ""la druidesse"Mme Dalligault qui le recueillit à Paris.Par défi,comme pour plaire à sa seconde "mère",il travaillera 15 ans durant comme ouvrier à l'usine Renault.Il aura précédemment tenté la politique.Voir ci-dessous.







               Une altercation avec Louis Guilloux en 1951 qui aurait pu mal se terminer et intervention du député Pléven.L'homme Auguste est peu fréquentable par moments.On dirait border-ligne aujourd'hui,je pense.



 Extraits des "Batailles perdues" de Louis Guilloux.Le personnage de Maxime d'Armor est directement inspiré d'Auguste Boncors.Lady Glarner est une extrapolation de Lady Mond.Des traits et portraits tracés à l'excès comme il se doit pour un romancier.








Extrait d'une lettre de Boncors à Louis Guilloux.Cet homme ne craint rien ni personne.Persuadé d'être la réincarnation de Pindare mais aussi de détenir un pouvoir magique de sorcier ou magicien celte ses relations amicales ne durent guère.Louis Guilloux d'ailleurs,ayant été agressé un jour par lui à StBrieuc demandera son internement.Attiré et même fasciné par la célébrité et les célébrités,il peut se montrer humble et séducteur pour mieux se mesurer et écraser la personne en cause de sa supériorité sans limites.Il en va ainsi de tous ceux qu'il approche.L'avis d'un psy éclairerait bien ma lanterne tout de même.
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1.04.2014.

Un e-mail reçu d'Yves Mervin me rappelle au souvenir d'Auguste Boncors et à mon article inachevé.L'homme se dit moins intéressé par l'aspect littéraire ou poétique de l'oeuvre du poète  que par les documents ayant trait à la résistance. Renseignement pris,il s'avère qu'Yves Mervin est l'auteur d'un excellent livre sur la Résistance bretonne,intitulé"Le joli mois de mai 1944".Le livre en question ,basé sur les souvenirs de Georges Ollitraut et ses camarades de combat aura fait l'objet de controverses,notamment à Callac, ce dont j'avais connaissance par Ouest-France.Je lui fais part et lui envoie copie des lettres adressées par Auguste à son cousin à divers moments et jusqu'à la fin de sa vie en 1971.Je ne doute pas que l'historien ait pu être très intéressé par ce courrier car il recoupe et apporte des éléments nouveaux à sa documentation personnelle,notamment à propos de l'assassinat de Céline,la fiancée du poète et du rôle de certains maquisards en 44.Plus que les faits par eux-mêmes,Auguste Boncors va puiser dans ces évènements douloureux qui le marqueront pour toute la vie une vérité et une force jusque là inconnue dans son oeuvre et en faire,à mon sens un poète de grande valeur dans son témoignage versifié  des terribles épreuves des bagnes et camps de la mort nazis dont il se sortira d'extrême justesse,mais aussi dans les pages qu'il consacre à la bien-aimée défunte idéalisée.

Envoi de documents à Yves Mervin.

Celle qu'il appelle Bettina n'est autre que Céline ici photographiée en sa compagnie qui laissera la vie dans une histoire très trouble entre résistants et collaborateurs qui semble avoir dépassé sa compréhension des enjeux en cause durant ces terribles années de guerre.



   Extrait d'un journal de la Résistance:"La Bretagne au combat".Il s'agit du témoignage daté de septembre 1943 d'un résistant compagnon de geôle d'A.Boncors à Rennes.Il est très instructif.Le poète n'appartenait pas à un réseau organisé.Les Rostrenois qui l'ont connu à cette époque parlent de ses fanfaronnades et autres provocations qui ont bien pu finir par agacer les Allemands et qui les terrifiaient.Il sera arrêté,plus tard, sur ordre de la Gestapo.Il est déjà trompé par son égérie donc et son comportement tient beaucoup de la bravade adolescente.Il aurait déjà quelques rapports avec les poètes de Brocéliande  qui prendront une grande importance dans sa littérature et dans sa vie après guerre.Autre mystère:parti en Allemagne comme travailleur volontaire après avoir dilapidé la fortune considérable qu'il avait hérité de ses parents,il connaîtra plusieurs camps de concentration dont il se sortira de justesse,grâce en grande partie à la druidesse Mme Daligault  qui l'accueillera chez elle.Lui se fera oublier comme ouvrier des usines Renault.
Les recherches en archives de Olivier Justafré apportent un éclairage nouveau sur ses mésaventures allemandes.Egocentrique à l'extrême il aura fait,d'autant qu'il avait des raisons on ne peut plus proches,de la présence allemande une affaire personnelle jusqu'au moment où après moultes épreuves,perdant de sa superbe, il apprendra  à voir le autres et à témoigner pour eux.



   Il  manquerait les nombreuses lettres qu'il a écrites selon M.Ruchon entre 1937 et 1971."Il pensait parce qu'un ami l'en avait persuadé qu'il resterait dans les mémoires grâce à ses multiples lettres.Nous en avons lu et relu plus d'une centaine...Nous leur avons beaucoup emprunté.Des carnets et un journal écrit pendant ses séjours en Allemagne.Ils sont incomplets et trop lacunaires pour être retenus comme une oeuvre élaborée".
     Je dispose exclusivement du courrier du fonds Georges Boncors,soit les lettres écrites à son cousin de Rostrenen,surtout dans la dernière partie de sa vie(trois lettres importantes datées de 1971)et les documents personnels,une édition de ses oeuvres devenues rares également que celui-ci avait conservés.
                                                 


                                     



                

                        Ces extraits du courrier adressé à son cousin en 1970-71 témoignent de son obsession pour la période de la guerre.Les noms de Cozic,son parent,de Céline l'ancienne maîtresse sont récurrents dans ces lettres toutes chargées encore de  passion et de haine."L'incontestable agent secret au service de la Gestapo,Marcel Cozic"l'aura marqué jusqu'à la fin de ces jours.Il dit par ailleurs que sa fiancé Céline aura été victime du même Cozic "de la clique maquisade".Ils en ont tous pour leur grade en quelque sorte de la part "du phoenix invulnérable aux flammes de l'enfer"comme il se nomme,au sortir de ces camps aux noms épouvantables:Auschwitz,Buchenwald,Dora,Nordhausen.On remarque bien sûr le caractère nationaliste,tricolore de ces lettres volontairement voyantes écrites en script quand il veut appuyer sur une idée importante.
Le journaliste Jean Paul Goujon écrit à Georges Boncors:





Présentation de Bongorz le barde par Ronan Pichery Broc'hell dans "Trois orphées aux enfers".Taldir et le texte intégral de l'"Epopée infernale".







Document trouvé par Yves Mervin aux Archives départementales.StBrieuc.





En clair:"L'immortel poète qui a le plus splendidement jusqu'ici retracé les sombres jours de Buchenwald vous demande au nom de sa grandeur de conserver pieusement ces admirables 150 vers alexandrins qui jettent feu et flammes et contiennent vraiment une pure épopée.Bongorz restera parmi les plus belles étoiles de la poésie armoricaine.Dans tous les temps,nombreux et cruels furent les ennemis du poète.Peu d'hommes auront aussi radicalement que Bongorz réussi à en triompher.La muse des Odes Triomphales(Céline Moroux de Plouguernével)et qui a beaucoup fait souffrir le poète fut assassinée comme Cozic.La tragique Céline fut l'amante de Bongorz pendant sept ans".




   29.04.1015.

                   Je n'étais pas revenu sur mon blog depuis longtemps.Il me semblait avoir suffisamment fait pour Auguste Boncors,mais on ne vient jamais à bout d'un "poète"et bien après sa mort les questions qu'il aura soulevées viennent par les écrits laissés à la postérité tracasser l'esprit le présentJe pense à des noms,des dénonciations calomnieuses,gênantes peut-être même aujourd'hui encore pour l'esprit de la Résistance.Je ne tiens en aucune façon à entrer dans cette polémique.Je pensais pouvoir évoquer la mémoire et rendre un peu justice au poète Boncors,ou Boncorps,ou Bongorz de son nom de barde.L'homme est complexe,aux comportements inattendus,constamment facétieux et hâbleur,aux limites de l'insupportable.L'homme n'est pas défendable en tout ,loin de là!.Je n'ai pas vocation d'avocat,ici moins qu'ailleurs.Difficile dans son cas de faire la part du réel et de l'imaginaire.C'est une des caractéristiques des écrivains. 
 La seule vraie référence littéraire"sérieuse" qui le concerne nommément,à ma connaissance,est une phrase de Charles le Quintrec dans son imposant volume intitulé"Les grandes heures littéraires de Bretagne"paru aux editions Ouest-France en 1978.Il y traite de l'état de la littérature française en 1942.Page 286.




                                Ce texte a le mérite de bien situer l'ambiance de guerre et de folie ,le contexte troublé et tragique dans lequel évolue Auguste et permet de mieux comprendre certains de ses comportements Je pressentais,comme Ch. Le Quintrec que sa mégalomanie sévère et fidèle le conduisait à croire qu'il allait régler le problème de la présence Allemande en France à lui tout seul.Quelques personnes de Rostrenen qui assistaient au colloque Guilloux-Boncors témoignaient du danger public que représentait Auguste à l'époque dans la ville de Rostrenen.Etant jeune fille à l'époque,l'une d'elles disait ressentir une peur bleue quand Auguste rentrait en ville,le soir,à une vitesse folle sur sa moto diabolique,fin saoul comme à l'ordinaire..Une autre se souvenait avoir entendu la fameuse moto pétarader au deuxième étage de sa maison.Il l'avait volontairement monter pour faire croire  à la présence d'un avion!.Il n'a pas connu les camps de la mort pour ses provocations déplacées mais pour n'avoir pas obtempéré et ne pas être retourné en Allemagne après avoir bénéficié d'un congé de travailleur volontaire.Une vie de héros de roman.Une présence subversive incontestable,constamment mû par ce besoin de se montrer,de prouver son importance,une "conduite d'échec" dirait le psy d'aujourd'hui,je pense.Il répond à la défénition que le dictionnaire de philosophie de chez Larousse donne de la mégalomanie:"folie des grandeurs,page172:forme de mythomanie qui porte l'individu à se croire démesurément riche,empereur ou Dieu et..tendance à surestimer tant sa valeur physique que que ses capacités intellectuelles et son importance sociale(recherche de distinctions honrifiques etc..;La mégalomanie est en général une réaction d'échec:l'homme raconte et décrit la personnalité qu'il aurait rêvé d'être et qu'il n'est pas"..Hitler ,Napoléon,Salvador Dali,mais aussi Sarah Bernhardt et tant d'autres grands personnages sont des mégalomanes notoires.A ne pas confondre avec la paranoïa qui relève de la maladie mentale.

Sa littérature est aujourd'hui introuvable.Les documents dont je dispose, des biens de famille transmis par héritage,sont très rares.Je donne ci-dessous l'intégralité du texte intitulé"l'épopée infernale" parue en 1952 au Cercle de Brocéliande  et "La vie infernale des héros de la Liberté",à ma connaissance jamais éditée.Le ton tranche avec ses poèmes des "Odes triomphales"On entre ici dans l'évocation de l'enfer des camps allemands et son écriture acquiert pour saisir l'inexprimable et l'inhumanité un souffle,qu'à défaut de mieux je qualifierais d'"Hugolien".La réalité qu'il a sous les yeux est telle que la poésie seule,à son plus haut niveau d'expression peut en rendre compte.De deux choses l'une:ou l'écriture témoigne de cette barbarie hallucinante avec la force nécessaire ou elle se tait.Boncors témoigne,muni de son instrument poétique,ses connaissances encyclopédiques en mythologies diverses,son vocabulaire démentiel et grandiloquent transcrit l'innommable avec une rare efficacité.Ses excès de lyrisme que l'on peut déplorer dans sa littérature antérieure trouvent ici un terrain à leur démesure.Mieux vaut être "fou" dans certaines circonstances.Cette forme très particulière de mégalomanie qui le tiendra sa vie durant lui aura valu à la fois les tribulations et les malheurs qu'il a vécus mais aussi les possibilités de s'en sortir.Ces textes mériteraient,une fois adaptés à la scène, une interprétaton par les plus grands acteurs,à l'occasion de l'évocation des camps de la mort,comme c'est le cas en cette année d'anniversaire des 70 ans de leur découverte par les Russes et les Alliés.Je ne sais pas moi non plus,comme Jean Paul Goujon de témoignages "poétisés" sur ces camps.La poésie,au sens ou nous l'entendons généralement,toute inspirée par l'Art,la beauté et l'amour,paraît déplacée dans des lieux aussi sordides,désolés,désepérés.C'est oublier ou ignorer qu'elle est pour le poète né l'expression de sa vie toute entière,dans le bonheur comme dans le malheur,sa bouée de secours à l'occasion,son outil,sa catharsis,son exutoire,son refuge quand sa survie est en question.Ce poète là est grand,au plein de son destin de démiurge tragique,réalisant ce faisant les prémonitions qui apparaissent dans les"Odes triomphales"écrites entre 1936 et 1937 soit 12 ou 13 ans avant.Il est dans sa logique démente et consciemment, comme inconsciemment il aura tendu vers le martyr pour accéder à cette gloire dont il sera avide sa vie durant et cette littérature étonnante prend de fait valeur testimoniale au même titre que tant d'autres témoignages émouvants de survivants.Dans une supplique à Virgile le grand poète latin,son guide et inspirateur:Pindare n'est pas le seul!:"Je pense aller, avec une émotion indescriptible...te demander en pleurant toutes les larmes de mon corps,ô Virgile tant aimé!ô mon père immortel!d'illuminer mon cerveau d'un flamboiement vertigineux,pour la plus grande gloire de la tragédie internationale à quoi je me destine.."Odes triomphales".Page 95..Quand on s'étonne qu'après la mort de ses parents,il ait dilapidé comme par plaisir la fortune qu'ils lui ont laissée,ou qu'il se porte volontaire pour le travail en Allemagne,alors qu'on ne lui impose rien,il faut comprendre que la conscience de ce destin tragique mais glorieux qui le tourmente lui vaut injonction supérieure,en dépit des conseils,des réprimandes de la famille et d'ailleurs de toute raison. La certitude d'un destin fabuleux à accomplir le pousse à des comportements incompréhensibles pour le commun des mortels.Il carbure à l'esbrouffe et l'épate en public pour apaiser les affres d'une solitude sans fond et d'une certitude implacable.
Le fonds Georges Boncors père contient les pages dactylographiées en préparation d'une édition définitive de textes en prose et poèmes divers en collaboration avec son ami Roland de Coatgouredenn et présentés par ce dernier.Il s'agit du même Roland que l'on rencontre dans les souvenirs de Louis Guilloux.Ami des deux hommes,c'est lui organisera leur rencontre."Roland me disait que son père vivait dans un château"écrit-il dans ses carnets.Le nom de Coatgouredenn figure en bonne place dansles annales de la noblesse Bretonne.


L'aristocrate et le poète se lient d'une amitié qui ne se démentitra pas jusqu'à la mort de ce dernier en 1971.Par-delà les contingences,la prééminence de l'esprit chevaleresque dans l'un et l'autre cas.Il sera l'un des seuls avec Guy Etienne docteur et barde de Chateaulin à assister à l'enterrement.Roland disparît en 1995 à Erquy.La qu^te de gloire,le sens de la grandeur,la munificence dont le poète fait preuve parle d'égal à égal à un aristocrate qui préserve en lui les préjugés de la caste de ces prestigieux ancêtres moyennageux,la mémoire enfouie des fourches patibulaires de leur domaines,de leurs pouvoirs sans limites.J'aimerais assez cette définition de poète,écrivait René Guy Cadou:"le poète est l'aristocrate du peuple".

Sous le titre générique d’ « Odes Triomphales » après la présentation d’August Bongorz comme’’ le poète de la dérision au sujet de l’inconscience commune’’,il écrit en guise de préface :
« Poëtraque d’une loquacité extrordinaire en sa véhémence et,ainsi qu’il convient à la satire ;toujours sublime et généreux,la barde panceltique Bongorz déploie dans la dérision ses poèmes en vers et en prose renouvelant le ton de la satire devenue ,sous son inspiration,d’une noblesse géniale.
                             Bongorz de son génie escaladant les cimes
                             Poëtrarque orageux,pleure en foudres sublimes.
                             Aogust,frère en Dieu et mon ami toujours
                             En toi la bonhomie et son tragique humour ;
                             Vers ta riante source Amour,Rondeur Génie
                             Qu’accoure pour ta joie une foule bénie.
                             Si surgissaient des monts plus haut que notre vue,
                             Quel serait le plus grand ?Rivaux Douceur Bévue
                            ‘’ C’est nous les deux plus grands.Faisons tandem ensemble’’.
                             Ainsi tu m’appelas.Que le ciel nous rassemble !.
                                                Le jovialiste.

Les textes qu’ils avaient décidé de publier sous ce titre d’Odes Triomphales version définitive ont pour titres :
-          L’épopée infernale. 7 pages
-          Un pardon en Bretagne. 20 pages.
-          La pavane des trépassés. 11 pages.
-          Fatalité.Hommage à Céline. 4 pages.
Leur projet éditorial commun reste évidemment tout à fait valable.L’utilité d’une édition de textes choisis de Boncors  Bongorz n’est plus à démontrer. La satire apparaît dans toute sa véhémence ,sa violence sous sa plume dans des passages d’ « un pardon en Bretagne » lui redonnant son sens originel,comme au plus beau temps de la satire Ménippée,au 16ème siècle pendant la Ligue:une dénonciation en règle de la société des hommes,des gouvernements religieux comme politiques sur le ton du libelle ou du pamphlet tantôt en prose,tantôt en vers selon l’inspiration du moment.Bongorz est le lieu d’un combat sans merci,guerre civile et religieuse,moral et politique,personnel et théâtral.














            






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 Il ne s'agit en fait que d'extraits de l"Epopée infernale"qui a été éditée intégralement en 1952 dans "Trois orphées en enfer"par le Cercle de Brocéliande à Rennes sous la direction de Ronan Pichéry.Auguste s'y exprime sous son pseudonyme de barde celtique:Aogust Bongorz.Les autres textes de cette anthologie sont signés Ronan Pichéry-Abroc'hell et F.Jaffrennou Taldir fameux barde auteur entre autres de l'"Hymne National breton";Bro goz va Zadou.
Une fois de plus Auguste transgresse  les règles et se joue des tabous.Il apporte par sa participation à ce livre édité en 1952 à ses deux compagnons,druides celtiques et militants culturels bretons,la caution morale du rescapé des bagnes nazis et Ronan Pichéry,fondateur du "Cercle de Brocéliande"en 1946,ne cache pas sa satisfaction..Ces deux militants bretons avaient été internés sur ordre du nouveau pouvoir issu de la Résistance à la fin de la guerre pour faits ou soupçons de collaboration avec l'occupant Allemand.Ils ne furent pas les seuls.Le mois d'août 1944 a vu les portes de la prison Jacques Cartier à Rennes s'ouvrir devant bon nombre de militants bretons,Il aura aussi assisté au départ en exil de quelques autres.
                                           

         Comparant Taldir à Scipion l'Africain,Bongorz stigmatise l'ingratitude de la patrie bretonne à l'endroit de son grand barde emprisonné.

                                      
Ce volume se veut donc une "anthologie des poèmes de ces trois authentiques bardes composés dans les fers".Il ne s'agit plus en 1944-45 des mêmes fers,car si Bongorz témoigne d'Auschwitz,Dora ou Nordhausen,ses deux compères parlent du charmant accueil qu'ils ont reçu dans les geôles Françaises de Rennes en ce beau début août 1944.Ainsi de Ronan Pichery,page 90:
                     Cellule 44.
               On me place entre deux gendarmes
               En entrant à Jacques Cartier
               Je déguste aussitôt les charmes
               Infernaux de ce grand quartier  

               Dès la porte un gardien m'assomme
               Et fait voltiger mon chapeau
               Pour lui la politesse en somme
               N'est qu'une étude à fleur de peau...

               Par le soupirail et il vente
               A travers des carreaux brisés
               Cela glacerait d'épouvante
               Des cerveaux à peine blasés

               Puis je m'étends mais ma paillasse
               N'est pas un moelleux séjour
               Car sur la dure je rêvasse
               Attendant que vienne le jour...
   
Taldir,incarcéré à Rennes lui aussi en même temps que Pichéry,le 6.08.44,et pour qui sa famille et ses amis Outre-Manche se font beaucoup de soucis(il a tout de même 67 ans)écrit dans un poème dédié à "Aogust Bongorz,dit le Pindare breton":
                    Dormir..mourir..

                Je dors sur un grabat puceux
                Depuis neuf mois horrible chose
                Des soucis je suis oublieux
                Quand je m'abandonne à l'hypnose
                Car c'est le seul dérivatif
                Qui permet au barde captif
                De s'échapper des contingences
                Et de négliger les souffrances

                J'aurais voulu mourir un jour
                Dans un grand lit tandis que Jeanne
                M'aurait dispensé tour à tour
                Un sourire avec sa tisane.
                Après un aussi long chemin
                Il eut fait bon quitter la vie
                Une fois la santé ravie
                En pressant sa main dans ma main..

                Mais aurais-je pareil bonheur?
                J'ai peur de la sinistre engeance
                Qui ne rêve que de vengeance
                Et hurle,insulte à mon malheur
                Dans la tombe au silence lourd
                Qu'un vieux poète dépérisse
                Victime de la pire injustice
                Qu'importe au ciel puisqu'il est sourd.
                                ----------
Taldir écrit de sa prison, en juillet 1946.
    "Dans le domaine culturel,la répression exercée par la 4ème république contre le mouvement breton et ses militants sera toujours un boulet au pied de ce régime.mais elle auréolera les patriotes qui ont maintenu la Bretagne debout de 1940 à 1944 d'une gloire immortelle.                                   
Il sera libéré peu après"ayant conquis ses geoliers par ses pouvoirs magiques"affirme R.Pichery.D'autres bretons seront pousuivis jusqu'en 1947.
                                  .............................
                   Kimiad ar barz forbanned.(extraits du poème en breton de Taldir).
                   Adieu du barde condamné à l’exil
                             
                      Kenavo parroz Karnoet gwinted war eur grec'hen
                      Toullig va bugaleaj mesk poatred diarc'hen..
                      (Au revoir paroisse de Carnoët grimpée sur une colline
                      Lieu de mon enfance parmi les va-nu-pieds)
                      
                      Kenavo ti bihan gwenn e kenver an iliz
                      Neiz tom ma digemere pa zeuen war ma c'hiz
                      Euz ar skolaj inouus hag euz ar c'heriou frank
                      Aliez ouz ma ambroug ma c'honsorted yaouank
                      (Au revoir petite maison blanche face à l'église
                       Le nid chaud qui m'accueillait à mon retour
                       Des écoles ennuyeuses et des villes françaises
                       Souvent en compagnie de  jeunes condisciples)..

                       Gant Fransizien dinatur ha leun a gasoni
                       Eo bed torred ma buhez ha duiet ma c'hozni
                       Goude bloaveziou prizon barnet àn da lezel
                       An douar lec'h on ganet ha kwitaat Breiz-Izel.
                       (A cause de Français cruels et pleins de haine
                       Ma vie avait été brisée et assombrie ma vieillesse
                       Après des années de prison je suis condamné
                       A quitter le lieu de ma naissance et la Basse-Bretagne)....                         
                                     ............................................                                       
                      
C'est qu'il ne fait pas bon être ou avoir été militant breton dans ces années de l'immédiat après-guerre,tant la collaboration et particulièrement l'engagement idéologique ou l'enrôlement intéressé de quelques jeunes bretons ''au chômage'' dans les milices ont marqué les esprits.Les exactions commises par les 60 ou 80 membres du Bezenn Perrot,par exemple complices de la police allemande dans la traque,l'arrestation et la torture des résistants contribueront à déconsidérer l'ensemble de l'Emsav,pourtant actif sur les plans politique,culturel,administratif depuis la création du PNB(parti nationaliste breton)et de l'URB(union régionaliste bretonne) son complément culturel en 1911.A l'issue de la première guerre mondiale,en 1919,la question des minorités ethniques fut soulevée et parfois prise en compte,comme en Europe centrale.Il est permis de regretter l'absence de volonté politique en cette matière,notamment de la part des Etats Unis soucieux de ménager le pouvoir central Français,car l'époque était favorable à l'avènement d'un vrai fédéralisme européen dont l'idée revient en force aujourd'hui.La suite est une longue litanie d'occasions manquées,de refus systématiques,de renvois cyniques de la  part des gouvernements français successifs,qui amèneront les Bretons à durcir leurs positions et à des actions violentes du mouvement Breiz atao,ancêtre du FLB.La question de la collaboration des militants de l'Emsav est une source de débats et de polémiques même encore aujourd'hui.Une cause en tous cas de division des esprits en Bretagne.
"Le PNB ou Parti National Breton est identifié comme un groupement de collaboration à la Libération et 200 de ses militants(15% de l'effectif total du PNB sous l'occupation)sont traduits devant la justice.Seul les cas d'activistes du courant séparatiste sont alors jugés...Les miliciens bretons les plus gravement impliqués dans des actions militaires et criminelles(le Bezen Perrot par exemple) n'ont pas été arrêtés à la libération.La plupart ont disparu en Allemagne,en Espagne,en Amérique du Sud et dans les îles Britanniques".Source Net.
Le deux extraits ci-dessous tirés de l'ouvrage de Jacques Vassal paru chez Albin Michel,consacré à l'Histoire de la Chanson Bretonne traduisent l'état de l'esprit de l'époque,pendant l'occupation et à la libération.


                                            
                                                                                                                                                                                                                                                                                                  
                                                               
                      Auguste Boncors se refait une santé et une personnalité dans le celtisme tandis que ses amis bardes se font jeter en prison ou hors de France comme des malpropres.La justice tarde,c'est certain.Ils forment un trio tout à fait remarquable,réunis au-delà des divergences idéologiques,des rancoeurs personnelles qu'ils seraient légitimés à ressentir dans un même amour,une même vénération pour leur Bretagne natale retrouvée,même si dans l'instant on peut en avoir gros sur le coeur.C'est rare et même peut-être unique de textes écrits entre 1944 et 1947 et édités en commun en 1952 dans les conditions d'ambiance décrite ci-dessus.Taldir l'imprécateur n'en finit pas,tantôt en Français,tantôt en Breton,de maudire les traîtres à la façon du grand Gwennc'hlan:

              " Sois maudite Carhaix,ville d'Ahès l'impure
                 Ville de Connomor,assassin et parjure
                 Vos pâles descendants,capons et gens de rien
                 Prosterné quarante ans ont adoré l'ancien...

                 Honte au prêtre...
                 Honte au juge...

                 Honte au barde inconscient de la noblesse antique
                 Qui faisait autrefois de notre ordre druidique
                 Le défenseur du droit contre le monde entier
                 Il tremble de frayeur.Où sont ses chants altiers?

                 Honte à l'homme lui-même etc...

                 Eloignez vous de moi Français durs et perfides
                 Votre abord m'est odieux vos visages candides
                 Cachent trop mal le fiel dont votre coeur est plein
                 Vous plaisantez toujours le poignard à la main.

                 La "libération" a prouvé sans conteste
                 Que vous avez gardé l'apanage funeste
                 Des barbares germains sujets aux préjugés
                 Nous vos captifs avons le droit de vous juger

                 Eloignez vous de moi Bretons menteurs et rustres
                 Vous que j'ai défendus pendant plus de dix lustres
                 Si Brizeux revenait il renierait ses chants
                 Car vous n'êtes plus rien qu'un peuple de marchands..
                                  -----------------

 Auguste Boncors affirmera,lui, avoir reçu la visite d'un ange(ou l'archange StMichel)qui le fera sortir des camps de la mort.Il sera désormais dans sa littérature comme dans son courrier privé et jusqu'à la fin de sa vie "le phoénix mythologique d'Aüschwitz,invulérable aux flammes de l'enfer",une sorte de dédoublement de la personnalité qui l'amène très souvent à s'exprimer le plus naturellemnt du monde à la troisième personne.Ce n'était d'ailleurs pas une nouveauté.

                               




  Un extrait d'une lettre à son cousin Georges Boncors,peu avant son décès et l'intervention divine qui lui sauvera la vie prétend-il.
                                                                 
Ses amis Taldir et Ronan Pichery vont lui permettre le 15 juin 1953 de publier de nouveaux textes.Présentés comme des poèmes solaires(klotennou klod-heol) en breton,ils sont une adresse au cosmos,invocation,incantation "lamartinienne" du grand prêtre à la gloire de l'astre solaire:
                              Au lever du soleil.

                     " Idole vénérable et grandiose du monde
                        Qui t'adorait jadis quand tu sortais des ondes
                        Symbole de la joie et du vibrant amour
                        
                        Animateur des mers,lampe des argonautes
                        Guide de l'hirondelle espoir des patriotes
                        Un seul de tes baisers fait éclater le jour."
                                      -------------
   Mais l'important dans ce recueil ce sont sans conteste les trois textes qu'il consacre à l'assassinat de son ancienne maîtresse Céline,la muse des Odes Triomphales.
                            - Elégie pour ma maîtresse assassinée.pages 27-30.
                            - Fidélité du grand barde panceltique.pages 38-40
                            - Viviane et Céline.pages 41-44.
L'autre texte inspiré par Céline auquel je fais référence est intitulé "fatalité".Il apparait dans le fonds Boncors mais n'a pas été édité à ma connaissance.
                       


   Il n'acceptera pas de ne pas être reconnu et soutenu politiquement à la libération(voir son conflit avec l'association des déportés),d'où son comportement agressif à l'époque(voir l'altercation avec Louis Guilloux en 1952)et vivra dramatiquement la liquidation physique de son ancienne maîtresse Céline Mauroux pour trahison à la demande de la résistance pendant son internement dans les camps allemands.Présentée comme "La muse des Odes Triomphales,Céline Mauroux de Plouguernével,qui a beaucoup fait souffrir le poète fut assassinée comme Cozic.La tragique Céline fut l'amante du poète Bongorz pendant 7 ans" est-il écrit dans le document trouvé par Yves Mervin aux archives de StBrieuc.C'est bientôt le départ pour Paris d'où il ne reviendra plus que pour les vacances à StGuen en compagnie de sa bienfaitrice et druidesse Mme Daligaut.Les faits et les personnages dont il parle dans son courrier sont connus des historiens.Yves Mervin traite du cas Céline dans son ouvrage.
                             


                       Une erreur dans le patronyme:il s'agit de Moroux et non Meurou, mais il s'agit bien de la même personne.
Bongorz apporte lui aussi son témoignage dans ce texte de Klotennou klod-héol intitulé "fidélité du grand barde panceltique".Inutile de dire qu'il diffère de la version de la Résistance qui a arrêté la maîtresse en titre de leur grand ennemi Rex:chef de la gestapo de Guingamp et que l'on voit à l'oeuvre, secondé par des éléments du Bezen Perrot dans les raffles de Maël-Pestivien ou de Callac.
La personne est un fort tempérament.Une lecture entre les lignes des textes que Boncors lui consacre permet de saisir le réel attachement sensuel et sentimental du poète pour une égérie qu'il regrette sincèrement.Duperie,duplicité, fréquentations douteuses,que sais-je?Y.Mervin rapporte qu'elle a dû faire la connaissance de Rex alors qu'elle venait témoigner pour Boncors!.Dans un hommage à Céline de 46 ou 47intitulé "fatalité",il écrit"O Céline bien-aimée,dryade fougueuse et désinvolte!simple et fière à la fois,prodige imbue de voluptés sombres et d'encore plus sombres crimes...Vénusienne malgré toi,malgré ton chapelet que tu portais toujours dans ton sac à main,pauvre ingénue,toi qui,dans ta maladive débauche ne pouvais jamais rien refuser de toi jamais..une bande farouche de quarante profanateurs abhorrés..t'ont amenée pour te torturer en te violant sans trêve sur cette lande boisée et désertique,puis sauvagement achevée,alors qu'affreusement déchirée,toute pensive et gémissante et priant sans trêve tout bas,tu avançais sous leurs coups,en titubant..". Un peu plus loin:"Religieusement à toi pour toujours,me voici pour te parer des plus somptueuses fleurs de la poésie..le fond de toi était un être simple,primesautier et très pur.Tu m'as fait beaucoup de mal sans jamais le comprendre.Tu n'étais qu'une mignonne petite fille qui s'est perdue dans les bras des voyous et des assassins".

                                                       

     

Courrier adressé à des responsables de la Résistance que j'agrandis volontairement tant cette lettre me rend perplexe.Le justicier dans ses oeuvres!.Les élégies d'Orphée n'en seront que plus belles assurément.





                                  Boncors se rend en juillet 48 sur les lieux de l'exécution de Céline.Il rend compte dans un texte paru dans Klotennou klod heol sous le titre "fidélité du grand barde panceltique".  
  


                
                     Ce premier texte est suivi d'un chant bardique intitulé Viviane et Céline dédié à "Rostrenen ma patrie" tout inspiré de ses souvenirs heureux de pâtre dans la ferme de Céline,de l'imagerie traditionnelle celtique et de désirs de vengeance.Deux extraits ci-dessous.






Orphée aux enfers ne ramène pas Eurydice.Le poète se retourne,contrevenant au conseil reçu, et revient les mains vides.Comme l'écrit René Char:"Le poème est l'amour réalisé du désir demeuré désir"."La perte toute cruelle qu'elle soit,écrit Rainer Maria Rilke dans Lettre à un jeune peintre,ne peut rien conntre la possession,elle la termine,elle l'affirtme,au fond ce n'est qu'une seconde acquisition toute intérieure cette fois et autrement plus intense."
                                     A ce point de mon étude ,je me dis qu'une nouvelle édition des meilleurs textes de ce poète vaudrait la peine,pour ceux qui,venant à me lire par exemple voudraient posséder les textes dans leur totalité.Le style ampoulé et verbeux du volume des Odes Triomphales édité à compte d'auteur et affreusement onéreux, fait place dans les ouvrages du Cercle de Brocéliande à une présentation claire et une littérature sensée,en prise avec la réalité,son vécu douloureux,ses souffrances d'amoureux transi.Il est bien tard diront les détracteurs.Les stances et les regrets ne ramènent pas les personnes à la vie.Tout est loin d'être clair dans cette affaire,du reste.Un ancien résistant rencontré en 1970 dans un restaurant lui lance carrément:"Si tu n'avais été interné en Allemagne,tu y serais passé aussi comme Céline".Mais répond-il:"Je le sais très bien mon ami.."Allez donc comprendre!.
                                       

        Sa deuxième vie est donc délibérément et passionnément celto-bretonne."Breiz da viken!Breiz da viken!clame-t-il utilisant les quelques mots en langue bretonne qu'il connaît.L'espace interceltique est désormais la scène de son verbe,l'auditoire qu'il entend donner à sa parole prophétique.Trois titres en témoignent dans le recueil "Klotennou klod héol":
     - Les invincibles enfants de la Bretagne.
     - L'éternel Ossian dédié à l'archevêque de Rennes
     - Bretagne éternelle.
     - Incantation au rossignol.
     - Taldir l'Africain. 
Extrait de l'"Eternel Ossian":
 "Au milieu des destins et des danses sacréees
   D'exotiques senteurs d'immenses hyménées
   De farnientes plus doux que le plus doux des miels
   Aux confins harmonieux de ce monde cruel...
   Nous vivrons le roman des bardes éternels
   Superbes Ossian qui battent l'Atlantique
   Et s'en vont conquérir la Cythère extatique 
   Sous l'éclatant pavois des vierges de la mort
   Pour y parler d'amour et regretter l'Armor".. 
La muse martyrisée se confond maintenant avec le chant du rossignol en terre bretonne:
" Rossignol orchestral des nuits enchanteresses
Infuse à mon esprit ton orgueilleuse ivresse
Le trésor infini de ton exaltation
Ainsi j'acclamerai le vieux terroir breton
Où ma muse infidèle un jour fut immolée
Parmi le sang paillard d'une infernale armée
Mon génie enflammé par tes stridulations
Pourra me transporter jusqu'aux pieds de Gradlon
Le suffète enfermé dans sa tour colossale
Au milieu des sanglots des vagues vespérales
Ressusciter Tristan le héros wagnérien
Qui promenait Iseult au somptueux hennin
Sur le mont StMichel de la chaîne d'Arrée"...
              ---------------

Un regard sur son courrier laisse apparaître une inquiétude à l’approche des années 70.Il écrit beaucoup,en despérado.Il sent je pense,que cette gloire qui lui fait sans cesse faux bond depuis 40 ans au moins,qui le nargue est peut-être bien à portée de la main. La Bretagne commence à se sortir de l’ambiguité des années de guerre.Elle se réveille.Il croit en son étoile.On va faire appel à lui!.Il continuera à s'illusionner jusqu'à sa mort sur la valeur géniale des "Odes triomphales."Mais poètes et bardes à l'ancienne ne franchiront pas le Rubicon.
Finies les envolées lyriques sur la harpe merveilleuse de Dagda ou de Taliésin ,désormais elle est ressuscitée grâce  aux recherches et au travail patient de Jord Cochevelou et frémit à nouveau sous les doigts magiques de son fils Alan,dit Stivell,à l'origine de générations de harpistes Bretons,plus talentueux les uns que les autres.Fini le verbiage autour de cette guitare que l'on saisit pour régler ses comptes mais que l'on n'entend jamais.Le poète ,comme Orphée prenait la pose,s'illusionnait sur ses pouvoirs magiques et trompait le monde par des effets de miroirs et de style sublimes mais mensongers.

Les années 60 assistent à la floraison,à un feu d'artifice d'artistes inespérés,bardes,conteurs,écrivains,porte-parole du véritable esprit de la Bretagne,dissimulé,reclus pendant des lustres.Phénomène sans précédent:une révolution culturelle,lingistique,musicale et idéologique.Tout redevenait possible."Ouvrez les portes de la nuit"avait lancé Glenmor,le plus important de ces chanteurs"engagés".Si Milig chantait depuis 1957,son premier disque date de 1965.Il aura été interdit d'antenne sur les ondes Françaises entre-temps.Puis Youenn Gwernig, retour de son exil américain,sa voix puissante,ses sonorotés nouvelles en chantre de la diaspora bretonne dans le monde,Gilles Servat,un talent ,une voix,toujours d'actualité.La Bretagne a frémi de partout en ce nouveau printemps.Anciens et anciennes,fidèles et humbles passeurs de la mémoire collective retrouvent de la vigueur:Les voix très pures des Soeurs Goadec vont résonner à l'Olympia dans le sillage de Stivell en 1973.C'est considérable!.les Frères Morvan devenus des "vedettes"ne cessent d'animer et de faire danser les jeunesses dans les festou-noz du territoire.Des légions de chanteurs sonneurs font entendre désormais la musique celto-bretonne à travers le monde.La cause est entendue,même si elle n'est pas encore définitivement gagnée et ne le sera que par un acte politique majeur.La suite est pour demain.
Ce cher Bongorz et ses pairs sont relégués sans ménagement  parmi les dinosaures dans les trente sixièmes dessous d'un floklore lointain, naïf,débilitant.
« Voici la leucémie bretonne
Donnée par Dieu Botrel le beau
Chantant son idéal fayot
Avec sa mitrailleuse à boches
Et l’armée bretonne dans la poche
La fleur d’ajonc à la cheville
Accrochée au floklore boulet
Pour nous faire une erzatz-pensée
Et une culture de pacotille.
Chante Gilles Servat à ses débuts dans une chanson intitulée « an alarc’h »tirée d’un chant de guerre traditionnel du Barzaz breiz qui promettait «  bonne nouvelle aux Bretons » mais « malheur rouge « aux Français. « Neventi vad d’ar Vretonned
                   Ha malloz ru d’ar C’hallaoued ».C’est bientôt la « décomplexion générale »des nouvelles générations,les jeunes issus des écoles Diwan particulièrement,après des siècles d’humiliation,d’oppression,d’interdits cruels de préventions stupides en provenance de régimes et gouvernants français qui finissent par affaiblir le pays tout entier et dans lesquels les Bretons de plus en plus nombreux ne se reconnaîssent plus.
Quelques dates essentielles.
-1959 :Sortie de « Musique gaélique »premier disque de harpe en solo d’Alan Stivell
-1961 :Bataille de l’artichaut.Procès M.Léon Gourvennec.Manifs diverses des agriculteurs bretons.
-I962 :la station de Pleumeur bodou.
-1964 :Naissance de l’UDB.Télévision régionale.
-1er 45 tours de Glenmor.
-1966-67 :Naissances FLB ;ARB.Marée noire,Torrey-Canyon.
-1970 :Comment peut-on être Breton ?Morvan lebesque.
-1972 :Grève du Joint Français.StBrieuc.Création de Dastum.
-1975 :Le cheval d’orgueil de Per Jakez hélias.
-1976 :Première manif à Nantes pour la réintégration de la Loire Atlantique à la bretagne.première écoles Diwan..
-1978 :Octroi d’une charte culturelle à la Bretagne sous Giscard d’Estaing.
-1979-81 :Abandon de la centrale nucléaire prévue à Plogoff.
-1981-90.Manifs contre la pac.Océanopolis.Vieilles charrues.Institut de Locarn. »Héritage des Celtes »Dan ar braz.Erika etc…






Dans la présentation de son album « Chemins de terre » »Alan Stivell écrit : « Faire le monde nouveau,chanter la Bretagne embryonnaire  des travailleurs et des coopératives,des villes sous-marines,des cités de verre et de granit,d’acier, de marées,de pain.Reprendre les chemins de terre avant de s’embarquer pour les îles ».le programme est réaliste sans manquer de charme poétique.Un pont est lancé entre l’ancien monde et le nouveau,les anciens marqués et porteurs de la tradition et les jeunes avides de rythmes nouveaux,d’images nouvelles,de modernité et d’ouverture au monde.


 Sa légende,car il en a une,veut qu'Auguste Boncors ait été retrouvé mort le 23 août 1971 près de l'hôtel Le Bihan,à StGuen Mûr de Bretagne,couché sur le dos,les bras en croix  face au soleil.Cette attitude est hautement symbolique en ce lieu,lui qui depuis trois décennies vivait à Paris.Albert Coquil,le journaliste du Télégramme qui l'avait interviewé,dans ce même hôtel,huit jours avant,ajoute qu'il est mort"sans doute de chagrin".On peut aussi penser avec JP.Goujon qu'il meurt la joie au coeur dans la certitude de l'éternité de son génie. Le poète en lui avait volé trop haut et l'homme,voulant le suivre,tel Icare,se sera brûlé les ailes.Cet homme si facétieux,toujours dans la démesure de tout,était un clown triste.Ce rêve énorme que je sens en lui,tel une prémonition,parle aujourd'hui en témoin d'un siècle contradictoire pas encore totalement soldé.



Lire Boncors.
Qui s'aventurerait à lire A.Boncors dans le texte se devra d'avoir un bon dictionnaire des noms communs et des noms propres de la langue Française à portée de main.L'homme fait preuve dans tous ses écrits d'une érudition étonnante,celle de l'autodidacte passionné boulimique de tout ce qui se rapporte à sa vision égocentrée du monde.Je parle de connaissances encyclopédiques monstrueuses en matière de mythologies antiques assimilées depuis l'enfance,du vocabulaire spécifique de la poésie lyrique,de l'univers manichéen chrétien dont il est imprégné par sa formation catholique de base, le mysticisme sombre qui transparaît à tout moment dans ses jugements péremptoires.La transcription déroule en logomachie.Augustus n'a cure de désuétude,de modes surannées ou d'obsolescence.Il tient de l'enchanteur,de l'incantation des foules dans la plus pure tradition des tribuns fascinateurs et des meneurs d'hommes qu'il admire,pour pouvoir orner son front des lauriers du triomphe .Le poète "grand enfant"candide n'en finit pas de fantasmer.
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                    



  Trouver une filiation à sa littérature,il l'a dit lui-même,en dehors de ses deux grands maîtres Pindare et Virgile dont on sent l'influence dans les Odes Triomphales mais aussi dans les textes inspirés par la vie à la campagne dans la ferme de Céline tout simplement: 
 "En ces temps fabuleux de l'ère pastorale
Qu'il était enivrant sous la spendide opale
De Phoebé rayonnant sur le calme troupeau
Les bardes tout pensifs sous leurs puissants chevaux
De s'enfoncer le soir au milieu de ces laies
Sur lesquelles tremblaient les feuilles agitées
D'une flore admirable et dans la cime au ciel
Dans la rose des vents rit à l'astre éternel"..
Ce que je sais de Virgile est moins verbeux,plus aphoristique.Je pense évidemment à Victor Hugo,celui des voix intérieures :O Virgile !O poète !O mon maître divin !.Les poètes romantiques ont à l’imitation de leur précurseur André Chénier user de la référence à l’Antiquité gréco-romaine surtout.Je me souviens en lisant Boncors de ce poème de Hugo où dans une envolée lyrique la scène champêtre s’élève à la méditation philosophique,l’humble vache devient métaphore de l’esprit et de la nature profuse et généreuse :
« Une vache était là,tout à l’heure arrêtée
   Superbe énorme et rousse tout de blanc tachetée…
   Ainsi nature !abri de toute créature !
   O mère universelle ! indulgente nature 
   Ainsi tout  à la fois mystiques et charnels
   Cherchant l’ombre et le lait sous tes flancs éternels
   Nous sommes là,savants ,poètes, pêle-mêle
   Pendus de toutes parts à ta forte mamelle… »
                     Victor Hugo(Les voix intérieures).
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 Boncors inspiré versifie derechef:
"O!mystérieuses nuits pleines de chants subtils
Et dont les rossignols comédiens harmoniques
Sont comme en un palais dans la forêt mythique
Près de la tourterelle et du doux écureuil"..
L'aède Augustus transpose le lyrisme supposé des Bucoliques de Virgile dans la Bretagne imaginée des enchanteurs de Brocéliande:
"Parfois nous séjournions à côté du lac bleu
Qui rebrousse au zéphir ses ondes lumineuses
Et porte ma pirogue alerte promeneuse
Sur l'espèce de fyord que forme Guerlédan
Le lac resplendissant au bord du Morbihan..
O nuits de Guerlédan de toutes les plus vertes
O nuits de Brocéliande où les muses inertes
Viviane et Céline ont au cercueil tombé"... 
On peut penser à André Chénier qui fut le premier des poètes Français à remettre l'antiquité à l'honneur:"Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques".
 Le Boncors des Odes triomphales aurait trouvé son bonheur dans ce 18ème siècle tout chargé d'allégories et d'éloges à la grandeur de l'esprit,sur ce tableau d'Ingres peut-être,son nom en lettres d'or inscrit sur le Panthéon.


                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   
Nous sommes avec Boncors dans une veine littéraire de type romantique,grandiloquente et emphatique telle qu'on pouvait en rencontrer en France à la Renaissance,époque de Ronsard,et plus sûrement au 19ème dans un renouveau fantastique de la poésie lyrique avec Lamartine et Victor Hugo.Je ne lis nulle part dans son "oeuvre" la moindre mise en question  de l'actualité de son style,la correction de sa phrase, une réflexion sur sa poétique et celle de son époque.La revue de" l'anthologie de la poésie naturelle" qui avait recueilli quelques textes de lui aux côtés de Gaston Chaissac et du facteur Cheval,parle simplement de  poésie baroque,terme générique pratique pour cataloguer une création différente que l'on ne comprend pas.


Auguste Boncors et ses pairs en littérature Française.
L'édition des "Odes triomphales"en 1937 n'avait pas échappé aus commentateurs et critiques de littératures marginales que furent ou que sont André Blavier,Jean Paul Goujon,Dominique Poncet de "la main de singe" ou le"matricule des anges".Il y est dit poète"égaré,oublié,épinglé"etc..."L'emphase hyperbolique du rentier vira au tragique par la faute des dieux"peut-on lire dans la main de singe n02."Une littérature bigrement étonnante"lit-on à son sujet ou encore"Ce Boncors fut à la fois une comète discrète qui montait haut et un rameur patient confiant en sa barque".."Boncors connait-il Raymond Roussel"?s'interroge Jean Paul Goujon.La question est pertinente et remet le "sauveur du lyrisme Français"à sa place.La ressemblance avec ce prédécesseur est tout à fait étonnante.





"Du symbolisme au Surréalisme la légitimité de la littérature n'a cessé d'être mise en cause de toutes les façons.Quelques écrvains l'on fait avec génie,d'autres se sont improvisés ou déclarés écrivains sans se rendre compte qu'ils dynamitaient l'acte même d'écrire en écrivant et publiant ce que le monde entier sauf eux, ne pouvait considérer que comme des élucubrations".Commentaire sur Raymond Roussel.A entendre à la radio quelques passages de son théâtre (Impressions d'Afrique)je doute qu'un langage aussi abscons et artificiel devienne un jour compréhensible pour quiconque.Le psychiatre Pierre Janet a étudié le cas Roussel dans son livre "De l'angoisse à l'extase"en 1926.Les insuccès de ses productions provoquaient chez lui de véritables crises de délire.Sa fortune ,comme Boncors, lui aura permis de se faire éditer."Les chants de Maldoror" de Lautréamont sont un autre exemple de littérature à compte d'auteur.Tous deux seront reconnus par les membres du mouvement surréaliste comme des précurseurs.Boncors,lui,est dans l'engagement romantico-lyrique,sans souci de constructions intellectuelles,sans recherche de procédés d'écriture ou de découvertes fantastiques  de géo-trouve de l'intellect,de jeux  purement mentaux.Dédicaçant un texte à Robert Desnos (voir ci-dessus)dans l'anthologie de la poésie naturelle,A.Boncors ne perçoit de ce dernier que le titre de "chef du surréalisme"dont il l'affuble.Il aura,au mieux,rêvé dans ces années 30 d'un nouveau romantisme français régénéré au souffle des mythes antiques dont il aurait été,bien sûr, le nouveau Chateaubriand,sans avoir apparemment conscience qu'un mouvement littéraire ou artistique,d'une manière plus générale,ne saurait être le fait d'un seul poète aussi génial soit-il,mais qu'il accompagne et préfigure les évènements de l'Histoire générale des hommes,des peuples,des pays et du monde,dont il est émanation et récit.On peut voir ses "Odes triomphales",comme une gigantesque mise en scène  du théâtre intime du poète,la tragi-comédie de ses" voix intérieures"selon l'expresion de V.Hugo,incompréhensibles pour quelque lecteur que ce soit comme un cri d'alerte dans ces années d'avant guerre.Un fourre-tout angoissé,une vision prémonitoire.

Un autre poète est immanquablement évoqué quand il est question de poésie,de Rostrenen,de Bretagne ou d'anarchisme etc...c'est Armand Robin originaire de Plouguernével.A.Boncors laisse entendre dans son interview du télégramme qu'il sait comment il est mort dans un commissariat de Paris .Ils avaient en commun outre l'amour des grosses motos, d'avoir été élèves des prêtres du collège de Campostal à Rostrenen,à 6 ou 7 ans d'écart et d'être enterrés à peu de distance l'un de l'autre dans le cimetière de Rostrenen.Pour le reste,je vois deux êtres dissemblables,réunis cependant dans un destin tragique,une vie chahutée,une souffrance tenace voire maladive de persécution.J'y vois dans les deux cas un engagement dans l'écriture poétique et la foi en la poésie la marque de leur bretonnité,mais aussi de leur bretonnitude.je veux dire la condition de tout breton conscient de sa patrie véritable et de l'aliénation des hommes.


   
  L'œuvre,même amputée,d'Armand Robin est maintenant connue et reconnue et je ne doute pas qu'elle le sera demain encore davantage,car sa parole est d'avenir.Il n'est pas de mon propos de la présenter ici.Coïncidence?J'étais élève au collège(laïque)de Rostrenen en 1961,au moment où mourait en martyr de la liberté ce grand intellectuel et poète révolté issu et porteur des valeurs de respect et d’amour de la terre, de la sagesse immémoriale de  la paysannerie bretonne .L’ère écologique qui s’ouvre pour l’humanité aura besoin de pensées de cette qualité pour réussir sa mutation.

"Je me suis mis en quête de la vérité dans toutes les langues
 Le martyre de mon peuple et de tout peuple,on m'interdisait
             En Français.
 J'ai pris le croate,le hongrois,l'arabe, le chinois
 Pour me sentir un  homme délivré.."
                 Armand Robin



Poésie et poésie.En guise de conclusion.


Longtemps j'ai vu dans "poésie et lyrisme" deux termes synonymes.L’expression « poésie lyrique » m’apparaissant donc comme un pléonasme.Qui entrait en poésie ne pouvait qu'être lyrique,c'est à dire emporté par un souffle irrésistible,la nécessité impérieuse d'exprimer son drame,les sentiments puissants qui le travaillent,l'obligeant à trouver une issue."Il importe de distinguer le "lyrique" du "lyrisme" apanage des poètes maudits du 19ème siècle.Le lyrisme est devenu l'épanchement du moi"In Agora.Pocket .Fabrice Midal. Jean Claude Pinson écrit:"la poésie lyrique, une fois abandonné le corset des formes classiques,est devenue le facile refuge de la plus immédiate effusion ou le lieu d'assez dérisoires bricolages verbaux".Je classerais instinctivement "l'oeuvre géniale" du vaniteux Augustus Boncors dans cette dernière catégorie,et m’en tiendrais là,tant je crains de prendre des vessies pour des lanternes,s'il n'y avait,dans sa vie, la traversée de l'enfer,telle que dans le mythe d'Orphée,métaphore de l'épreuve initiatique obligée pour tout poète digne de ce nom.Son registre a changé :de lyrique,sa soufrrance et le malheur qu’il côtoie révèlent un écrivain tragique.Son meilleur poème est sa vie,sa vie toute entière.La mémoire collective ne se trompe pas qui redit de bouche à oreille ses exploits,ses prestations délirantes.Quelques personnes conservent un exemplaire des « Odes triomphales » comme une relique,un agrippa aux pouvoirs démoniaques entre la vie des saints et le missel des armoires bretonnes!.Un de ces petits livres qu'il ne fallait surtout pas perdre sous peine de l'enfer dans les siècles sombres.Le contenu littéraire du volume,dès lors,cesse d'importer puisque c'est un « saint »qui l'a écrit,et qu’on le nomme poète,barde ou devin,c’est un appelé du Saint Esprit,un béni des dieux !comme aux plus belles heures des sociétés antiques de Grèce et d’ailleurs ou dans nos pays de tradition celto-chrétienne.Un artiste récent sculpte un diable cornu sur une moto,à Rostrenen.La légende retisse l'épopée,elle est d'une patience infinie et l'avenir est son domaine.Il aura sa gloire,le bougre,cette « gloire qui est le soleil des morts »selon l'expression d'Honoré de Balzac.La chose n’est pas impossible.

  Dans son travail préparatoire à l'essai biographique que M.Fernand Ruchon comptait consacrer ,par amitié,à la mémoire d'Auguste Boncors,poète oublié précise-t-il,on peut lire ceci:"Une tentative de résurrection,la première et peut-être l'ultime,nous a semblé nécessaire.Connaître l'homme pour apprécier le poète.Les milliers de vers qu'il a écrits ne peuvent être une oeuvre vaine destinée à l'oubli".Si je partage la sollicitude et la sympathie qui,en définitive se dégage du personnage ,je n'arrive pas à voir dans cette production complexe,étrange,mystérieuse que sont les "Odes triomphales"un nouveau "Chants de Maldoror" ou un nouveau recueil"des Amours jaunes" de Tristan Corbière,qui auraient échappé à la critique littéraire,aux radars de la littérature géniale.Avec le temps  j'aurai cessé de croire aux oeuvres de génie totalement oubliées ou reléguées ad vitam aeternum dans les greniers,caves ou caches secrètes.L'or natif finit par gagner la surface par les failles secrètes des strates de la terre.
Ressuscitera qui peut.J'ai retenu pour ma part quelques passages qui dénotent d'un réel talent d'écrivain classique ou qui m'auront simplement ému et que je livre à d'éventuels lecteurs.La friche est abondante mais l'ensemble est confus et inexploitable en l'état.J'y vois un sujet possible pour un metteur en scène de théâtre ou mieux de cinéma,car l'homme n'aura cessé de théâtraliser,de magnifier sa propre vie,à s'en exalter,à s'ennivrer de lui-même.Un rôle de composition fantastique en perspective,tant il est vrai que dans le cas présent,comme bien souvent par ailleurs,la réalité dépasse la fiction.Une possible tragi-comédie distrayante,spectaculaire et pathétique en puissance.
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       
                                               
                              
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                          Extraits choisis de la littérature d'Auguste Boncors.
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                                              Le poème qui suit est de tous ceux que j'ai lus,celui qui m'émeut le plus.Le poète magnifissime,tel qu’on en fait plus, condescent pour une fois à descendre de son piédestal pour s'adresser à l'enfance à la demande d'un maître d'école laïque.Il ne doute évidemment pas que son texte sera appris par coeur Son univers poétique peuplé d'esprits féeriques,de symboles,de dieux divers et variés,la présence constante de la mythologie gréco-latine fait écho à la fantasmagorie de l’enfant.Une Europe enchantée avant l’heure!. 

                       
     
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L’homme accuse,vitupère,stigmatise,bref !.L’imprécateur désigne le genre humain  à la géhenne,à l’extermination.Cette haine parcourt toutes les Odes Triomphales que l’on peut dès lors voir comme une mise en scène de la confrontation à mort entre les forces du bien et du mal,les œuvres du diable et celles du bon dieu,comme au plus beau temps des inquisiteurs médiévaux ou de Torquemada.Je pense  aux talouennou du père Maunoir,aux prêches violents des recteurs bretons en chaire qui auront bien pu le stigmatiser.


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         Autre temps. Un bel hommage aux poilus Bretons de la premère guerre mondiale devant le monument aux morts d'Etables sur Mer,dans le recueil "Klotennou Héol".
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Il ne cache pas son désir et son besoin d'amour et de sensualité.Une libido mal vécue explique bien des comportements exaltés.Un retour du refoulé dont parlerait le psy probablement .Ce texte laisse apparaître le dureté de son existence de persécuté,la permanence en lui d'une morale et d'une moralité intransigeantes.L'énorme succès populaire supposé de son livre génial,un mariage d'amour étaient de nature à subjuguer la piétaille méprisable qui ne cherche qu'à l'humilier,à l'enfermer en quelqu'asile d'aliénés.L'écriture lui est une thérapie...


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Une argumentation de nature "philosophique".Son complexe d'infériorité par rapport à l'intelligentia dont il est exclu,par manque de diplômes universitaires, mais qu'il entend malgré tout subjuguer, l'amène à utiliser à l'excès des termes rares  dont il maîtrise mal le sens et à employer massivement des adjectifs qualificatifs qui ne font qu'obscurcir et alourdir la pensée.
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L'âge ne lui a fait perdre ni son immodération ni son immodestie.Durant tout mon travail le concernant,j'aurai été agacé par cette incroyable indécence,cette impudicité qui ramène tout à lui,toisant tous et chacun de son haut,étouffant tout sur son passage."Je est un autre"a crié Rimbaud le premier.Dans le cas présent,il faudrait plutôt parler de plusieurs autres,de Docteur Jeckill et Mister Hyde etc...Un moi d'une élasticité peu commune.C'est d'autant plus surprenant qu'il s'agenouille volontiers devant des gourous,des esprits supérieurs fort nombreux.Un"possédé"à coup sûr.
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                                             En guise de conlusion.

Auguste Boncors n’est pas un folkloriste banal,un de ces gentils rimeurs qui s’affublent d’un nom de barde fleuri pour le seul plaisir d’un triomphe personnel même s’il aura toujours recherché à se démarquer et les applaudissements d’un public.L’aveu qu’il fait à G.Ferdière est sincère.Il vit son génie comme un autre lui-même :’’Je suis sûr de n’être ni un poète ni un écrivain ordinaire.Je réincarne de l’avis de tous Lautréamont..ma métrique est garnie d’étincelles qui brûlent jusqu’au sang du cœur…’’ Puis parlant de lui à la troisième personne :’’Les manières dont il est saisi des muses de son art diabolique’’.
Poète maudit donc au sens où l’entendait Verlaine.Ses mots très forts doivent être entendus comme un SOS ?La vanité que l’on pourrait percevoir dans de tels propos,fait place à un sentiment de compassion pour un homme désemparé que l’on sent emporté par un destin à la fois séduisant et cruel,qu’il tente de maîtriser par le texte.Son assiduité au travail d’écriture sa vie durant sous une forme ou sous une autre en témoigne.Une appréhension de cette nature ne trouve de soulagement,de rémission que dans la reconnaissance publique à la mesure de son projet fantastique,de son élan d’amour infini pour l’humanité même et surtout peut-être quand il prend la forme de la haine.La psychanalyse,par sa capacité à relier les évènements de la vie personnelle aux grands mythes de l’humanité,à interpréter les symboles,à donner une explication à des comportements déviants pouvait l’éclairer sur son sort.Il est passé à côté par ignorance ou suffisance.Le psychologue expliquera sa mégalomanie par une enfance de fils unique,né avec une cuillère en argent dans la bouche et de ce fait désoeuvré à vie,vivant tout ce qu’il aborde comme un jeu dont il est maître et roi quoiqu’il fasse. « Il y a les poètes et les grandes personnes »selon le mot de Jean Cocteau.On se gaussera peut-être encore de sa pétulance de chien fou,des énormités du sempiternel provocateur.L’érudit rira de l’emploi massif de périphrases désuètes,d’envolées théâtrales ridicules,sauf pour lui-même.La grande littérature ne revendiquera pas grand-chose de sa production nombreuse .Il pèche par verbosité et,en cela,franchit mal les limites d’une époque où écrire relevait dans l’esprit du commun de l’exploit rhétorique et de l’étalage d’un riche vocabulaire et de connaissances.La mission du poète est cependant remplie dès lors qu’un autre poète d’aujourd’hui,s’interrogeant sur le mystère de son propre engagement en littérature,se reconnaît dans un parcours de caractère initiatique,d’un homme en mal du destin exceptionnel vers lequel il n’aura cessé de tendre pour le pire et le meilleur.  « Le poète est celui qui inspire,davantage que celui qui est inspiré » écrivait Paul Eluard.
La morale qui émerge dans sa littérature,après l’enfer des camps,vaut d’être citée.Ce poème sert de conclusion à l’article du Télégramme de 1971 quelques jours avant son décès.









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                                      Extraits de mon courrier à Tanka Tremblay.                                                                                                                                                                                                                       A Tanka Tremblay.  
    Mon voisin Georges Boncors est incorrigible.je lui disais ne pas être prêt pour l'étude que je compte mener sur la vie et l'oeuvre de son grand-oncle Auguste Boncors.Je n'ai rien à ajouter aux excellentes études de Ms Blavier,Dussert et autres Jean Paul Goujon.Celle de ce dernier étant pour moi la plus intéressante.Je partage sa conclusion:''On peut proclamer et répéter:Auguste Boncors est un spectacle magnifique!''.Le meilleur service à lui rendre serait sans doute de mettre sa littérature en scène en même temps que la vie du bonhomme,qui est loin d'être triste,malgré une existence  marquée par la tragédie.Il faudrait être Shakespeare en personne,évidemment !.Voici la liste des documents du fonds Georges Boncors que j'ai à ma disposition.
  1.Les Odes Triomphales.1937.346 pages.
  2.Trois orphées aux enfers .Contenant L'épopée infernale.Son chef-d'oeuvre selon moi.25 pages environ.(ed:le cercle de Brocéliande).
  3.Klotennou klod- heol.Poèmes solaires.(ed:le cercle de Brocéliande).45 pages.
  4.Absent de Paris.Louis Guilloux.5 pages.
  5.Article de Jean Paul Goujon dans ''Fous littéraires'',6ème colloque des invalides.29.11.2 002 9p..
  6.Présentation d'A.Boncors dans l'Etoile et le Chêne.Collège de Campostal.Rostrenen.2 pages
  7.Un témoignage de J.Darsel dand La Bretagne au combat sur Boncors.2 pages.polycop.
  8.Une dizaine de lettres manuscrites étonnantes jamais éditées.Ecrites au père de Georges Boncors.
Je veux préciser que l'une d'elle mentionne une menace exprimée par le fils de Céline(sa fiancée assassinée par des résistants fin 43) interdisant la publication de livre de M.Ruchon.Ce n'est pas la seule zone d'ombre dans la vie de cet homme.L'important serait de se procurer ce livre.
D'autres témoignages ausssi tant que les personnes l'ayant connu sont encore en vie.Ainsi de MmeBaquer.A voir avec Georges Boncors.
  Voilà !.je m'arrangerai pour vous faire parvenir,en polycopiés ou fichiers internet ce qui vous intéresse.
  Il manquerait donc :
       Chant national à Guynemer.1938.
        Article d'André Blavier dans ''Les fous littéraires''Paris Edition des cendres.2001.
       Anthologie de la poésie naturelle.Article.
       Réquiem de Clem-So hn.1937.
                  –       La main de singe n° 9.Article Dominique Poncet.IMEC.
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 Je vous envoie ces textes d'Auguste Boncors ou plutôt Aogust Bongorz,car c'est sous ce pseudonyme breton qu'il apparaît en compagnie de deux autres bardes:Ronan Pichery-Abroc'hell et François Jaffrenou Taldir,dit Taldir(auteur de l'hymne national breton). Ces deux derniers auront eu quelques ennuis à la fin de la guerre.Inquiétés pour faits de collaboration avec les nazis,ils se retrouveront emprisonnés à Rennes.Leurs textes sont des écrits de prison.C'est bien ce thème de l'enfermement et l'amour de la patrie bretonne qui les réunissent.L'ouvrage est de 1952.Seuls apparaissent dans mon envoi les textes ''augustiniens''.ce sont de magnifiques témoignages,dignes des plus grands.Il y a encore dans le fonds G.Boncors un texte équivalent à celui-ci,écrit dans la continuité la et qui ,à ma connaissance pour l'instant n'a jamais été publié.Il n'est pas impossible qu'il y en ait d'autres dans le courrier en possession d'autres personnes,dont évidemment M.Ruchon.Il faut attendre à mon sens pour une édition éventuelle de ces poèmes que je préfacerais volontiers.
  J'ai beaucoup appris sur le ''poète''en vous préparant mes envois en ligne.Un peu plus d'humilité lui aurait sans doute épargné bien des souffrances.Son appartenance bretonne l'explique au-delà de ce qu'il a pu en saisir.Il me laisse sur une impression de gâchis,d'une faute d'orientation qui le laisse aujourd'hui en dehors des anthologies littéraires où il mériterait pourtant une place.Il relève davantage du théâtre ou de cinéma à mon sens.Ce serait le meilleur vecteur pour le saisir dans son unité.Mais quel boulot !.                                                                                                                                                                                            


       
                  A Tanka Tremblay.

       Pas de scrupules à mon endroit,surtout !.je n'ai jamais eu le dessein d'une présentation exhaustive d'Auguste Boncors.''Sa vie ,son œuvre''.Non,ce sont là des formules. Il m'intrigue.Il ne laisse d'ailleurs personne indifférent.Il est par trop agaçant de prétention pour que je lui élève une
statue..Je suis très critique à son sujet et je conseillerais volontiers à quiconque de ne pas se laisser embarquer dans son jeu(sa mégalomanie).
       Georges Boncors m'a confié son dossier.Il s'agit en fait de son dossier de famille.Il n'y va pas que d'Auguste,mais de toute une généalogie.Petit neveu,il est lui-même artiste peintre de valeur.Je pense qu'il en a un peu marre des solliciteurs,étant le seul Boncors sur la place.Je lui ai demandé son accord pour vous confier des documents ''familiaux''.Ils en disent long sur la constance du personnage dans sa ''mégalo'',je me répète.En échange,on aimerait savoir ce que vous avez trouvé ou trouverez à son sujet.Les confidences de Mme le Baquer,par exemple.
       Le travail que je comptais entreprendre a trait au second Boncors(Poatr Rostrenn,Eost Bongorz etc...).Le druide,barde dans ses rapports avec le mouvement breton de l'époque.La résurrection du poète après les camps de la mort.Mme Daligault etc.Rien d'urgent.Un prétexte en fait pour un coup d'oeil sur le bouleversement artistique et culturel breton depuis 40 ans.Un barde à l'ancienne,un dinausore littéraire:intéressant évidemment.Il se trouve aussi sur mon chemin ,après tout et je tiens beaucoup compte des rencontres(du destin)comme dirait le poète.
        Que dit l'anthologie de la poésie naturelle ?.
        Quelques documents pour l'instant en pièces jointes.J'ai fait des copies en noir et blanc des livres(sauf les odes),car je veux rendre son dossier à Georges B,au plus vite.C'est précieux.Le plus simple serait de vous en envoyer un double par colis postal.En fin de semaine prochaine svp,car je suis très occupé par ailleurs.





                     Avez vous une copie complète des ''Odes triomphales''?Le livre représente tout de même 346 pages.M.Boncors proposait de vous envoyer le livre pour copie,puis retour par la poste.Ce peut être fait aussi pour les autres dont je vous ai photographié la couverture dans mon premier courrier.

                    M.Boncors n'a pas été autorisé à photocopier le manuscrit Ruchon.Il devrait être édité sous peu.L'auteur étant décédé,ce sont les ayants-droits,l'un des fils surtout qui prennent l'édition à leur compte !.Ca peut attendre la StGlin-glin,comme on dit ici.Pas commode du tout,paraît-il.Il est nécessairement incomplet puisque les documents que vous avez n'y figurent pas.Et pas des moindres tout de même.On verra.Pour aujourd'hui,revue de presse.L'article le plus important étant celui d'avril 71,soit 2 jours avant sa mort !.Curieux.

                      

A tanka G.tremblay.
Bonjour.
Il resterait en ma possession après l'envoi d'aujourd'hui 2 textes qui sont déjà dans les Odes,mais remaniés par l'auteur,préfacés par son ami R.De Coatgoureden alias le ''Jovialiste''et qui apparaissent comme la mouture définitive du ''Pardon en Bretagne'' et ''la pavane des Trépassés''.J'avoue ne pas avoir comparé les dits textes.S'ils vous intéressent je vous les enverrais par la poste(environ 30 pages dactylos).
Le texte ''Céline''(46 ou 47) fait partie aussi du fonds Coatgoureden.Pour Céline,sa maîtresse assassinée,voir Viviane et Céline dans klotennou héol.Photo Céline avec l'auteur dans les Odes,dite aussi Bettina à l'époque.
2 autres documents :
 - horloge jules Boncors,père d'Auguste de Rostrenen.(chez Georges Boncors).

 - fiche relative à Jean Marie Boncors de Rostrenen,dans les archives de StMartin de Ré.Prêtre          réfractaire déporté sous le Directoire.Ascendant d'Auguste.''original'' déjà,dit-on.

                             
  A Tanka G.Tremblay.
 Le fonds Georges Boncors sera donc ''liquidé'' après cet envoi.J'en conserve bien sûr le double pour moi.Pour le cas où !.l'homme m'intrigue toujours,me séduit parfois sans jamais me convaincre.Se prendre pour une lumère,d'accord !.Encore faut-il éclairer quelque chose !.
Il me fait penser à Fitzcarraldo,ce personnage fantastique que j'ai revu récemment à la télévision,interprété par Klaus Kinski.Construire un opéra en pleine jungle amazonienne !.Les indiens à faces rouges et à têtes d'abrutis sont plutôt les bretons de Rostrenen dans le cas d'Auguste.Le décor :cette ville où il ne reviendra jamais vraiment et qui le nie toujours.
Cela dit,l'oeuvre existe et chacun peut y butiner et faire son miel.Son talent de versificateur est indéniable,un registre lexical très étendu,des trouvailles poétiques,des références mythologiques étonnantes,lyrisme et passion.S'occuper du dit Auguste,c'est abonder dans son sens et je ne suis pas prêt à le faire pour l'instant.Il date incontestablement.
Je suis visible à StBrieuc évidemment,quand vous passerez par ici.Il me suffit de traverser la rue pour être chez Georges Boncors.Je crois savoir qu'il existe aussi un Saint brieux(avec un x)au Canada.
Allez,Monsieur tanka,bon courage pour la suite.
     Cordialement.
       JT.
 Par envoi postal.Ca nous changera un peu.

                       .....................................
 Extraits de mon courrier à Yves Mervin.


                                              Extraits du fonds Boncors.
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                          Courrier envoyé à son cousin Georges Boncors tailleur à Rostrenen.
                                    (père de Georges Boncors fils,mon voisin de Stbrieuc).
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Pages 1-2-3 du 19-1671.et 4-5-6 du 16-2-71.
            Lettres écrites l’année de sa mort(30 août 1971).
            La première surtout se présente comme une accusation en règle et nominative des « assassins » de son épouse secrète ,muse,égérie etc..En fait une brave fille de ferme,qu’à la façon de Don quichotte il aura idéalisée.
Je sais que des descendants de la dite Céline ont voulu empêcher la parution d’un livre de mémoires de M.Buchon sur Auguste.Je ne vois pas très clair dans une histoire qui me paraît entachée de tromperie et de trahison.L’homme était loin d’être un saint,hâbleur,buveur,se sera montré dangereux à plusieurs reprises.

Page 7.
Photo de 35-36 environ.
              Celle qu’il appelle Bettina n’est autre que Céline qui laissera la vie dans une affaire qui l’aura largement dépassée.

Page 8-9-10-11.
Hommage à la fiancée morte très romantique.
Le poète a le lyrisme à fleur de peau.Il le prouve ici bien tardivement.

Page 12.
Extrait d’un journal de la résistance : « la Bretagne au combat ».Témoignage d’un résistant arrêté en même temps que Boncors(prison de rennes).Il n’appartenait pas à un réseau organisé de résistance,mais les Rostrenois qui l’ont connu parlent de ses pitreries et autres fanfaronnades qui ont bien pu finir par agacer les Allemands.Autre mystère :parti en Allemagne comme travailleur volontaire après avoir dilapidé sa fortune personnelle(faut le faire) il s’est retrouvé en camp de concentration et s’en est sorti de justesse en grande partie grâce Mme Dalligaut(la druidesse) qui l’acceuillera chez elle.Lui se fera oublier comme simple ouvrier des usines Renault.

Page 13.
Lettre tout à fait étonnante que je crois adressée  au docteur Guy Etienne de Chateaulin et au-delà aux responsables de la Résistance  en Bretagne.Il semble dire que c’est à sa demande en 1943 que Marcel Cozic et même Céline auraient été liquidés par la Résistance.Le difficile avec lui est de faire la part de la réalité et des images de cette mégalo qui le tiendra toute sa vie.’’A prendre avec des pincettes’’ disait quelqu’un à son sujet.

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Le 3.4.14.

             Cordialement.


                             Jean T.